
Pour la deuxième fois en quelques mois, The Noise Times est cité dans un éditorial de nos confrères toulousains de Musik Industry et classé parmi les légions de webzines tiédasses, consensuels, cireurs de pompes et prompts à la fellation. Si notre centrisme exacerbé et la mollesse de nos convictions ne l’avaient pas emporté, un superbe éditorial véhément serait probablement venu répondre aux premières attaques formulées par Musik Industry en janvier. C’est que voyez-vous, se voir traiter de demi-sels ne fait jamais plaisir. Mais voilà, il a fallu cette deuxième pique pour que votre serviteur réagisse.
Ainsi donc, The Noise Times et les autres (oui, car Musik Industry nous met en tête de l’armée des ronds de cuirs serviles, ce qui ne manque pas de piquant, puisque le lectorat de ce webzine tiendrait dans une cabine téléphonique –on a vu plus épatant comme symbole de la pensée unique) ; The Noise Times et les autres ne sont que des lâches, qui craignent de dire la vérité à la face du monde. Ce que, bien évidemment, les vaillants rédacteurs de Musik Industry prennent sur eux d’accomplir.
Le problème, c’est qu’en dépit de la virulence du propos de nos camarades, il n’y a pas de vérité cachée à révéler sur la scène underground rock française. Il n’y a pas d’omerta. Il n’y a pas de conjuration des imbéciles entretenant à force de courbettes et de copinage une apparente unité. La scène, en France et à Toulouse, n’est ni une famille, ni une jungle. Ce sont des gens qui s’entendent plus ou moins bien et qui font de la musique. Il y a beaucoup de raisons pour que ce soit un phénomène passionnant, mais ça n’est clairement pas le terrain idéal pour se donner des airs de Bob Woodward.
Et lorsque l’éditorialiste adverse fait de son combat contre les webzines rock consensuels (chacun ses marottes) la lutte contre un air du temps corrompu par divers artefacts qu’une société débile sacralise à grand renfort de vingt-heures de Pujadas, il semble acquis que Musik Industry est un webzine révolutionnaire. Détruisez les webzines vendus, le reste suivra. C’est du Blanqui, en plus optimiste.
Chez The Noise Times, nous frapperions volontiers dans nos mains moites pour acclamer un pareil courage. Musik Industry trouverait encore le moyen de nous accuser de vouloir sauver nos têtes de la guillotine, mais enfin. Le problème, c’est qu’en fait d’applaudir, on préfère partir en courant se blottir dans le giron doux du conformisme mielleux.
Musik Industry, en particulier dans ses « humeurs » (intéressant, d’ailleurs, le double sens du terme), ressemble à une mauvaise imitation du (déjà) misérable Marc-Edouard Nabe. Faire bouger les choses pour ces braves gens revient à placer successivement « bite », « pute » et « sodomie » dans un texte, peu importe qu’il s’agisse d’euthanasie ou de punk-rock. Avec une délectation notable, le rédacteur de Musik Industry régale son lecteur d’images bariolées et violentes, sensées dissoudre le sens commun, l’insupportable sens commun qui s’insinue partout. On dirait parfois l’œuvre d’un collégien trop fier d’avoir bravé l’interdit suprême que représentait autrefois le film érotique de M6. Ben oui, mettre de la matière fécale dans le rock, il fallait oser, non ?
Pourtant, à part la forme outrancière, Musik Industry ne change pas grand-chose. Ils publient plus de chroniques négatives que The Noise Times, est-ce un gage d’honnêteté ? Nous autres n’avons pas pour vocation de rallonger continuellement la liste des merdes à ne pas écouter. Ils ne s’embarrassent pas de retenue dans leurs live reports, et alors ? Pas besoin d’un webzine pour tenir des propos potaches sur un groupe. Si l’écriture du chroniqueur ne s’élève pas au dessus de la conversation triviale, si l’analyse n’est pas un peu plus poussée que « c’est de la merde pour paraplégiques », le webzine n’a aucune raison d’exister. Musik Industry ne s’oppose d’ailleurs pas tout à fait à cette approche, puisque certaines de leurs chroniques ne rechignent pas à utiliser ces métaphores alambiquées et ces accumulations d’épithètes qu’ils nous reprochent avec ardeur. Et ces préventions formelles qui nous sont chères chez The Noise Times n’ont rien à voir avec de la malhonnêteté. Ne pas être capable d’être honnête sans faire référence à des rapports sexuels non-conventionnels, en revanche, est un signe certain de nullité.
Musik Industry n’a pas dépassé le stade anal et le revendique, grand bien leur en fesse. Mais de grâce, les amis, ne faites pas passer ça pour une version webzine de Fight Club. Vous chroniquez des disques d’adulescents qui se sont révélés plus ou moins habiles avec une guitare ; vous ne ferez jamais trembler ni médias, ni institutions. Remarquez, vous avez réussi à faire réagir un étudiant de 22 ans qui fait un webzine couché, c’est déjà la gloire.
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